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Cette nuit lors de la cérémonie des Grammy Awards, pour son grand retour depuis l'album Prism, Katy Perry n'est pas arrivée entourée de danseurs déguisés en requins hawaïens ou en cornets de glace géants. Elle n'était pas accompagnée de danseurs d'ailleurs. Au lieu de ça, le public américain a pu la voir se trémousser façon Christine And The Queens avec le petit-fils de Bob Marley, tandis que derrière eux était projeté un diaporama de la Constitution. Katy Perry, celle qu'on avait l'habitude de voir comme la gentille popstar excentrique, toujours prête à ambiancer les soirées étudiantes et les goûters d'anniversaire de la petite cousine, se lance, selon ses propres mots, dans la "Purposeful Pop" avec un nouveau single au discours très contestataire. Et personne n'était prêt.

 

Car sous le déguisement d'un sympathique club banger se cache la protest song la plus rusée de ces dernières années. "Chained To The Rhythm" n'est pas un titre du Top 40 comme les autres : c'est le début d'une nouvelle ère hautement politique et engagée pour la popstar. Comme le fait remarquer le site Genius, tout est dans le sous-texte. Co-écrit avec Sia, Max Martin, Ali Payami et Skip Marley (qu'on peut entendre en featuring), "Chained To The Rhythm" peut être vu comme la voix d'une Katy Perry activiste appelant au réveil des esprits, nous exhortant à sortir du ronron de nos vies bien rangées pour réaliser que le monde est en train de crever de notre propre inertie. Son refrain est un chef d'oeuvre de sarcasme, du genre "dansons comme des zombies sur les ruines de la démocratie". Mais en vérité, il y a tellement de degrés de lecture différents (et la lyric video qui l'accompagne enfonce le clou), qu'on pourrait en parler pendant des heures. Mais est-ce que ça n'est pas un peu risqué de passer de "California Gurls" à un think-tank sur l'Amérique sous Donald Trump ? Pas vraiment. Car le titre reste aussi dansant et rayonnant qu'il est grave et inquiet, assumant cette ambivalence avec un refrain qui frôle la perfection. Et les chiffres du streaming montrent bien que le titre a fait son petit effet.

 

The 59th GRAMMY Awards - Show

 

Depuis que Katy Perry s'est engagée pour Hillary Clinton lors de la dernière campagne électorale américaine, on aurait pu s'attendre à une ère très "seriousface", avec des ballades sur la tolérance et ce genre de niaiseries. Je pense (j'espère) qu'elle ne tombera pas dans cet écueil. PERSONNE, même ses fans les plus fidèles, n'a envie de ça. Je pense aussi qu'elle est beaucoup plus intelligente et subtile que ne le laisse penser sa nouvelle bio Twitter, où l'on peut lire cette trilogie très pompeuse : "Artist. Activist. Conscious.". Aucune popstar, aussi influente soit-elle, ne veut s'aliéner une partie de son public en lui soufflant dans les bronches pour lui faire comprendre qu'il pense mal, ou pas assez. Et ce n'est pas Taylor Swift qui me contredira là dessus. Une Tay-Tay tellement flippée de perdre ses fans rednecks dans un grand massacre à la Dixie Chicks qu'elle reste silencieuse depuis des mois. Son absence notoire durant la Women's March de janvier dernier prouvant bien que ses discours féministes n'étaient que du flan, une posture, une rouerie marketing comme une autre.

 

Mais "Chained To The Rhythm" est davantage un constat qu'une leçon de morale, un état des lieux sur le monde des médias et de l'entertainment dont Katy fait partie des rouages, et aussi une sorte de mea culpa peut être. Et si cette bulle dont parle la chanson, et les métaphores sur "le club" n'étaient pas elles aussi une sorte d'aveu de défaite des démocrates et des "élites du divertissement", qui n'ont pas su voir les réalités très tangibles qui ont amené les classes populaires vers le vote Trump ? Et c'est justement avec des chansons aussi retorses, enrobées dans des costumes roses et entourées de boules à facettes, que Katy Perry compte entamer le dialogue. A la fin des années 70, le disco avait émergé sur le dancefloor, presque 10 ans après les émeutes de Stonewall, et portait en lui un discours d'émancipation et de fête. On tient peut être là la clé du prochain album de Katy Perry.