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Tegan and Sara étaient de passage à Paris pour un concert à l'Elysée Montmartre le 11 février dernier. Comme on les adore, on en a profité pour aller poser quelques questions aux jumelles canadiennes, véritables icônes queer depuis près de 20 ans. Après de nombreuses réinventions musicales, des guitares folk des premiers albums à la pop tubesque des derniers Heartthrob et Love You To Death, les filles restent plus influentes que jamais. Avec leurs pop songs sensibles et leurs synthés 80's, les soeurs Quin veulent toujours en découdre, et s'engagent désormais aux côtés de leurs fans. Avec elles, on a parlé musique, féminisme, politique et... Katy Perry !

 

 

 

Vous êtes revenues l'an dernier avec un 8ème album, Love You To Death, et c'est certainement le projet le plus pop que vous ayez proposé. Pourquoi ce choix ?

 

Tegan : On fait de la musique depuis 1998 et je pense qu'on voulait proposer pour cet album quelque chose de nouveau et de frais. On a toujours choisi des producteurs différents sur chaque disque pour qu'il sonne différemment. Pour Love You To Death, on a voulu prendre des risques en faisant un grand changement au niveau du style musical. Puis, la pop est extrêmement intéressante. C'est une musique progressiste. Nous étions dans un milieu indie-rock et on se rendait compte que ça ne nous collait pas exactement. Quand on regarde les meilleures années de la pop, on se rend compte qu'il y avait ce mouvement queer friendly avec Madonna ou George Michael qui était évident. Et en faisant de la musique pop, ça nous correspondait parfaitement. On s'est dit "Ok, on s'en fout on le fait !" (rires).

 

Ce projet est surtout un album visuel, pourquoi ce concept ?

 

Sara : Je pense qu'à l'heure actuelle, il faut maximiser l'imagerie et la visibilité. Que ce soit à la télé ou sur internet, il se passe tellement de choses qu'il faut de la matière pour rester constamment dans la lumière. Puis on travaille généralement avec des gens qu'on affectionne beaucoup. Pour la chanson "U-Turn", on a collaboré avec Seth Bogart, qui n'est pas un réalisateur de clips, mais c'est un génie avant tout et visuellement ce qu'il fait est hyper cool. C'était une première pour lui et je me souviens qu'il disait "Je ne sais pas à quoi ça va ressembler !?!" mais nous on rigolait "Mais non, on s'en fout, pas de panique !" Puis c'est aussi excitant pour nos fans d'avoir des vidéos.

 

 

En ce moment, de plus en plus d'artistes pop utilisent leur musique pour délivrer un message politique. Il y a le groupe MUNA ou tout récemment Katy Perry. Vous en pensez quoi de ces prises de position ?

 

Tegan : C'est excitant car au début des années 80, la musique pop était très progressiste et contenait un tas de messages à propos des LGBT, des queers et de la politique. Quand U2 est devenu l'un des plus grands groupes au monde, ils jouaient devant des milliers de personnes dans le monde entier et ils parlaient des problèmes politiques en Irlande, mais personne n'était choqué. Je pense que la pop a toujours été un outil politique. En ce moment il y a un grand retour de l'engagement et c'est vraiment excitant ! Personnellement, on adore Katy Perry, on est parties en tournée avec elle et elle est vraiment cool. Je pense qu'elle a compris qu'elle pouvait toucher plus de personnes que nous. Elle a une énorme fanbase et elle sait l'utiliser pour propager son discours sur l'état politique actuel des Etats-Unis par exemple. Cette fille est géniale !

 

Depuis votre dernier album, vous semblez être vraiment engagées auprès de la communauté LGBT, jusqu'à avoir créé votre propre fondation. Vous pouvez nous en dire plus à propos de ce projet ?

 

Sara : Je pense que notre musique a toujours été politisée, même si ce n'était pas hyper visible. On a toujours eu cette sensibilité queer en nous et on s'intéresse depuis toujours aux débats sur l'identité du genre et la sexualité. On a créé cette fondation pour faire plus que simplement parler de notre différence en chansons, on veut dire aux gens qu'on est là pour les aider à s'accepter, peu importe sa couleur ou sa sexualité. On a commencé à récolter des fonds pour faire vivre cette communauté et on espère que ça deviendra une plus grande plateforme dans les mois à venir.

 

Tegan : Par exemple, les femmes n'ont pas vraiment d'ambassadrices pour propager ce message dans l'industrie du disque. Chez les mecs, il y a Sam Smith, Years & Years ou encore Troye Sivan, mais les femmes queer dans ce milieu se font trop rares ! Avec notre fondation, on souhaite être les porte-paroles de ceux qui sont très peu représentés !

 

 

Vous pensez que ces engagements auront une influence sur votre prochain disque ?

 

Tegan : Probablement oui. On a la chance de pouvoir promouvoir cet album sur scène et on ne s'est pas encore posé la question pour le prochain, mais oui certainement, ce sont des sujets qu'on abordera plus facilement. On veut un disque dans l'ère du temps. Prenons l'exemple de Katy Perry. Son album n'est pas forcément terminé, mais elle avait besoin de faire passer un message en sortant son nouveau single. On n'a pas les mêmes ressources qu'elle, mais on veut surtout que les gens viennent nous voir pour se sentir bien, il y a toujours un message de paix dans notre musique. Le prochain album, ce sera l'état d'esprit de Tegan and Sara (rires).

 

Vous avez également mis en ligne une lettre ouverte aux Juno Awards (les Victoires de la Musique canadiennes, NDLR) où vous critiquez le fait que les femmes soient toujours très peu présentes dans l'industrie du disque. Vous pensez que les choses commencent à changer ?

 

Sara : Je pense qu'il y a un petit progrès mais dans certains pays uniquement. Le message que nous avons fait passer est très spécifique car pour nous, une femme est tout aussi convaincante qu'un homme. Par exemple au niveau de la production, des techniciens etc. Ce n'est pas forcément un job pour "homme blanc". La société a décidé que ce ne sont pas des jobs pour les femmes donc ça semble encore surprenant quand on en parle. C'est comme le rock, quand une femme a une guitare c'est considéré comme de l'alternative ou de l'underground alors que quand on voit un chanteur blanc avec une guitare faire du rock, c'est tout à fait normal. Pareil pour les festivals. La tête d'affiche c'est toujours un homme ou un groupe masculin. Donc ce n'est pas juste les Juno, c'est le système et l'industrie qui doivent progresser !

 

Vous écoutez quoi en ce moment ?

 

Tegan : MUNA, je les adore ! J'aime leur titres et elles ont l'air cool et marrantes ! Et Shura, avec qui on a tourné, elle est adorable !

 

Sara : Il y a une rappeuse que j'ai découvert sur le dernier disque de Chance The Rapper, elle s'appelle Noname, c'est incroyable ce qu'elle fait !

 

 

Un grand merci à Ivica pour l'interview !