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En 2010, à l'époque de son album Une enfant du siècle, Alizée, ancienne marionnette très lucrative de Mylène Farmer, fait la couverture de Technikart et répond à des interviews de Voxpop ou de Laura Leishman. Ce disque, paru sur feu le label Institubes, constitue le virage arty de sa carrière, la reconversion vers une pop lettrée et indé, empruntant à l'électro et à l'italo disco, et qui reçoit à sa sortie un accueil plutôt chaleureux de la part des blogueurs pop et des hipsters. Pour une bonne et simple raison : le résultat n'est pas seulement vachement bien, il est scotchant, probablement l'un des derniers bons albums pop en français, une réussite artistique totale. Avec ce disque concept inspiré de la vie d'Edie Sedgwick, Alizée, l'interprète un peu nigaude du mégatube "Moi, Lolita", aspirait à la crédibilité, loin des chorégraphies coquines déguisée en écolière sexy, bien loin de la variété surannée mais ultra-populaire des productions Laurent Boutonnat. Le disque est un flop retentissant, comme de bien entendu. Mais le "mal" est fait : les amateurs de bonne musique pop ont alors révisé leur jugement un peu sévère sur la jeune chanteuse corse. Puis, après un changement de maison de disques et un autre album qui ne trouve pas son public, Alizée décide qu'il faut employer les grands moyens. Ca suffit les conneries, maintenant il va falloir se retrousser les manches et reconquérir les charts.

 

C'est alors que les téléspectateurs de TF1 se prennent d'affection pour la Alizée de Danse avec les stars, une émission miraculeuse qui, en jouant beaucoup sur l'empathie avec les candidats, a relancé les carrières de Shy'm et de M Pokora. Grande gagnante du show, la chanteuse pop sent que l'heure est venue de se refaire, et lance dans la foulée le chantier d'un nouvel album.

 

Mais elle se heurte à un problème de taille : le premier extrait, intitulé "Blonde", est indigne. De la grosse soupe europop qui aurait pu n'être qu'anecdotique et vaguement sympa si les paroles n'avaient pas été aussi risibles. "Blonde" est d'une indigence rare, plus paresseux et plus gênant que le pire de la prog' d'NRJ. Avec ses jeux de mots moisis et son faux dynamisme frais et cool, "Blonde" déclenche la haine des twittos à sa sortie, et des articles insultants fleurissent sur la toile. Parmi eux, le Plus du Nouvel Obs' (soit les plus médiocres pamphlétaires du marché soit dit en passant) se fend d'un papier dont le hating gratuit est aussi gênant que le mauvais single qu'ils dénoncent. Le bad buzz est assuré.

 

Pourtant, à l'heure où j'écris ces lignes, le titre progresse pépère dans les classements, il est déjà 7ème sur iTunes. Et même si l'on ne peut pas se fier à ce seul chiffre, un tel démarrage signifie déjà que, peu importe la médiocrité mêlée d'opportunisme un peu honteux d'un projet, si tu passes sur TF1, ton disque se vend bien. Tant pis pour la belle pop en français, c'était bien essayé. Et bon vent Alizée. Une enfant du siècle était le plus beau des accidents de ta carrière, maintenant tout va rentrer dans l'ordre avec Zazie, Obispo et Lionel Florence à tes côtés, ça va aller.