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On ne l'avait pas vu arriver, mais alors que Lana Del Rey vient de dévoiler le 310ème extrait de son prochain album Ultraviolence, un constat s'impose : elle se fout ouvertement de notre gueule. Enfin, pas exactement de vous et moi, mais de la branche la plus hipster de son fan club. Dans "Brooklyn Baby", énième ballade évanescente noyée sous la réverb', Lizzy Grant énonce toute une ribambelle de clichés sur les groupies new-yorkaises, en s'incluant sans doute un peu dans le lot : "My boyfriend's in the band / He plays guitar while I sing Lou Reed / I've got feathers in my hair / I get high on hydroponic weed". Impossible de ne pas voir dans les paroles de ce semi-pastiche du Velvet Underground une grosse louche d'ironie et d'autodérision.

 

C'est à dire que Lana n'a jamais clamé autre chose. Toutes ses chansons, dans une interminable et lancinante litanie, traitent du même sujet : son petit ami. Mon mec il est génial, mais il me malmène, il est méchant avec moi, il me traite souvent comme de la merde, mais il est vachement ombrageux et rock'n'roll, et il m'aime à sa façon, mais ça me rend triste. Pas étonnant que la belle déclare en interviews qu'elle n'en a rien à secouer du féminisme : Lana est la déesse des cruches sublimes. Elle est l'ambassadrice des beautés lymphatiques et passives qui ne savent que faire d'elles-mêmes. A sa façon, elle rend hommage à la cagole qui sommeille en chacun de nous, qui se languit de sa relation merdique avec un bad boy qui nous aime mal. "Brooklyn Baby" est un titre important pour Lana Del Rey : c'est à la fois la plus sarcastique et la plus honnête de ses chansons, celle où elle décide de jouer carte sur table. Je sais que je suis un cliché, et vous savez quoi ? J'adore ça.