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Vous l'ignorez peut-être encore, mais une jeune songwriteuse de 20 ans, Meghan Trainor, vient de décrocher la timbale du tube mainstream de l'été aux Etats-Unis. Actuellement 4ème du Billboard, "All About That Bass" est une chanson sur les grosses qui assument leurs rondeurs. Sur une rythmique doo-wop un peu craignos, cette demoiselle en léger surpoids, jeune recrue des usines à tubes country de Nashville (elle a déjà écrit pour les superstars du genre Rascal Flatts) nous délivre un message positif sur l'acceptation de soi, dénonce le diktat des magazines de mode, et tout le package gnan-gnan qui va avec.

 

La chanson, diffusée ad nauseam sur toutes les radios ricaines, ne manque pas de susciter des réactions. Les maigrichonnes, déjà bien chauffées par le dernier Nicki Minaj, se sentent insultées et pointent du doigt cette honteuse hérésie sanitaire ("le surpoids c'est mauvais pour la santé, nous au moins on ne se rue pas sur le premier donut qui nous tombe sous la main" peut-on lire régulièrement dans les commentaires YouTube). Les autres ont fait de Meghan leur nouvelle idole.

 

C'est qu'elle représente, au delà de cette croisade des grandes tailles, la "basic bitch" (que l'on pourrait traduire par "bichette" ou "cagole" en français) américaine par excellence. Malgré l'aspect péjoratif du terme, être une basic bitch, c'est à dire le symbole de la normalité bienveillante et décomplexée, est une qualité rare. Peu importe leur poids, les nanas comme Meghan Trainor rassurent la classe moyenne tout en prônant une certaine ouverture d'esprit : elles sont un peu quelconques, pas spécialement cool, elles n'ont jamais vu un hipster de leur vie, mais c'est ce qui les préserve justement du cynisme et des préjugés, ces défauts qui nous pourrissent de l'intérieur, nous autres européens. Positive et optimiste, la gentillesse de la basic bitch est le soft power le plus insidieux qui puisse exister : le futur leur appartient.

 

Alors oui, "All About That Bass" peut faire grincer des dents, avec sa naïveté confondante, sa mièvrerie et l'impression désagréable que cette chanson a été composée dans l'unique but d'ambiancer un épisode de Glee. Mais c'est un mal nécessaire. Sans les basic bitches comme Meghan Trainor, notre quotidien ne serait que sarcasmes et mauvais esprit, le monde ne serait peuplé que de twittos. Et personne n'a envie de ce monde-là.