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"C'est dingue, ça fait trois semaines que je n'ai rien fumé !". La semaine dernière, Miley Cyrus, l'enfant chérie de l'Amérique devenue l'Antéchrist depuis sa prestation aux VMAs en 2013, donnait une interview au magazine Billboard. Plus assagie, dans son immense propriété bucolique près de Los Angeles, Miley nous explique qu'elle est sereine, amoureuse, plus en phase avec elle-même, et que son prochain album sera aussi folk et dépouillé que ses précédents disques étaient bordéliques et influencés par le hip hop (Bangerz) ou l'indie rock enfumé (Miley Cyrus & Her Dead Petz). Finies les conneries : celle qui déchainait les trolls sexistes avec ses twerks endiablés et ses "provocations" nous le clame haut et fort : elle a changé.

 

J'aimais profondément la Miley totalement stone qui écrivait des chansons pour ses animaux morts et débarquait sur scène déguisée en Debbie Harry sous acide, portant un énorme godemiché en guise d'accessoire fashion. Bangerz était un grand disque pop incompris, et les frasques de la chanteuse de "Wrecking Ball" n'étaient finalement que la nécessaire crise d'ado / catharsis par laquelle passent toutes les Disney girls en quête d'identité. Mais le clip de "Malibu", dans lequel on peut voir une Miley rayonnante et amoureuse danser sur la plage, au son d'une sympathique ballade douce et euphorisante, n'est pas qu'un énième twist marketing (en pop, on appelle ça une réinvention), et ce changement radical d'image et de bande-son n'est finalement que la suite logique dans sa déjà longue carrière (il suffit de revoir ses Backyard Sessions pour constater que son amour des guitares ne date pas d'avant hier).

 

Renouant avec ses racines country, Miley Cyrus signe ici une chanson d'amour (dédiée à son amoureux Liam Hemsworth) qui tranche avec les sons urbains de Bangerz (elle dit avoir fait le tour du hip hop et ses délires bling bling). Les frasques et la vulgarité au vestiaire, l'Amérique va pouvoir à nouveau tomber amoureux de sa voix, de sa personnalité attachante de joyeuse hippie rigolote, voilà pour la bonne nouvelle. Ce qui est dommage, c'est qu'elle soit obligée d'arrondir les angles à ce point pour retrouver les faveurs du grand public, plus sexiste, puritain et "judgemental" que jamais sous l'ère Trump. Ca semble fonctionner : il suffit de lire les réactions des gens sur YouTube, contents qu'Hannah Montana ait enfin arrêté la drogue et retrouvé le droit chemin. Miley, en participant au jury de l'émission The Voice, a été confrontée à cette Amérique blanche et catho, et a appris à leur parler, à les connaître. Et depuis, elle ne cherche plus à les choquer, mais à renouer le dialogue. Espérons que ce ne soit pas au prix de sa singularité.