Bercy, conférence de presse du Music Bank, quelques heures avant le début du concert. Devant une poignée de journalistes hagards, dont la moitié semble passablement blasée, les leaders des huit groupes à l'affiche du festival de k-pop répondent aux questions des médias français. Ambiance surréaliste, avec d'un côté des mégastars habituées aux ovations dans les pays asiatiques où ils se produisent, et de l'autre un accueil glacial de la part d'une partie des gens de l'ombre des médias. Les relations entre le management des SNSD, en promo pour leur album, et les petites gens du media planning français ont apparemment été compliquées. Entendu sur place : "Elles veulent être traitées comme Madonna, mais ici elles sont personne, et on va les renvoyer vite fait dans leur pays". Hum.

 

Pour le photoshoot, chaque groupe défile à tour de rôle, dans des poses préprogrammées répétées à l'infini, tels des robots qui ressembleraient presque à des humains. Chacun est à sa place, les sourires sont figés, tantôt sincères, tantôt fatigués. Le groupe U-Kiss clame 4 ou 5 fois "BONJOUR ! Nous sommes les U-Kiss" en français, en envoyant des bisous de la main aux photographes (des u-kisses, donc), ce qui a donné un moment awkward et hilarant. Les groupes de k-pop ont ce côté effrayant, over the top, irréel, et bien que durant ces deux jours de promo intensive, mes amis et moi étaient entourés de fans bienveillants, on sent que tout autour de nous, dans la vraie vie, les gens qui découvrent l'univers bizarre de cette armée de bogosses asiatiques sont plus que réservés, avec parfois une condescendance vaguement xénophobe. On le voit dans le traitement médiatique du concert. "Ces groupes en plastique", "les boybands des 90s ont fait des bébés, et ils sont coréens", et autres comparaisons aux Spice Girls, 2Be3 ou Tokio Hotel, on a eu droit à tous les clichés possibles, sans grande surprise. Mais les clichés, pourquoi pas. Ils sont souvent vrais, après tout. Oui, la k-pop, ce sont les mêmes recettes que les groupes d'eurodance des 90s. Mais c'est aussi bien plus que ça.

 

Sur place, pendant le concert à Bercy, des fangirls pleurent et hurlent autour de nous, agitant des lightsicks et chantant en coréen. Dans la fosse, un peu vide par endroits (la date n'est pas vraiment sold out), on sent toute la ferveur et l'hystérie propre aux fans de bubblegum pop. Alors oui, c'est ridicule. Mais c'est aussi émouvant. Et mes amis et moi, loin de trouver tout ça pathétique, avons été très vite contaminés par cette ambiance. Le show, parfois très cheesy n'en est pas moins incroyable.

 

Si je suis aussi "indulgent" avec la pop coréenne, parfois franchement mauvaise, c'est que je partage avec beaucoup de fans une fascination sans borne pour les mélodies sucrées, les prod' bétonnées et la beauté asiatique. La k-pop est juste la synthèse de tout ça, et donc c'est un peu la musique que j'attendais depuis toujours. Incroyablement excitante, écoeurante parfois, à la fois merveilleuse et ridicule, elle utilise les éléments pop et les concentre en doses dangereuses pour la santé mentale. Je n'ai pas pu aller, plus jeune, à des concerts des New Kids On The Block, ni à une tournée Dance Machine. Mais j'ai fait le Music Bank, qui constitue mon coming out d'adolescente de 13 ans coincée dans un corps et dans un âge qui ne me correspondent que moyennement (ceux d'un pédé de 33 ans). Car au fond, moi aussi je voudrais que les U-Kiss me fassent des bisous.

 

La captation du concert parisien du Music Bank sera diffusée sur la chaîne coréenne KBS le 18 février à 15h (heure française).