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Dimanche matin (ou samedi soir, pour ceux qui se sont couchés tard), un nouveau titre de Rihanna débarque sur nos timelines. L'excitation est totale : ça fait maintenant plus de deux ans que la gourgandine barbadienne n'a pas sorti d'album, et les fêtes de fin d'année ont été rythmées par les rumeurs les plus folles concernant ce disque qui tarde à arriver. Pas de sortie surprise à la Beyoncé en 2014, il faudra se contenter pour le moment de ce nouveau morceau. "FourFiveSeconds", une ballade country acoustique enregistrée avec Kanye West et Paul McCartney. Stupeur, incompréhension, déception, étonnement, léger agacement, c'est selon. Avoir attendu tout ce temps pour une BALLADE. COUNTRY. ACOUSTIQUE, on a le sentiment de se faire gentiment troller. On attendait d'un comeback single de Rihanna qu'il nous hurle des cochonneries à l'oreille au beau milieu d'un refrain eurotrash sorti des entrailles de l'enfer. Et puis non.

 

Et pourtant, pas franchement désagréable, le truc se laisse gentiment écouter. Seulement voilà, on ne peut s'empêcher d'entendre les ficelles, les intentions, les gimmicks derrière la jolie ballade folk insouciante. On ne peut pas fermer les yeux sur le fait que le titre, qui semble vouloir nous faire croire qu'il a été enregistré à l'arrière d'un pickup à la fin août sur le parking d'un drive-in, avec les odeurs d'essence et de graillon qui vont avec, est une grosse machine de guerre lorsqu'on jette un oeil aux crédits : sans compter ses deux potos en featuring, SEPT personnes sont derrière l'écriture et la compo du titre, dont un mec du groupe rock indé The Dirty Projectors. Pour la spontanéité de la petite chansonnette pop griffonnée entre deux grillades, on repassera.

 

Ensuite, on ne retire en aucun cas le droit à Rihanna de se lancer dans la country tendance folk (pour tout vous avouer, personnellement j'aime beaucoup ça). On n'est pas totalement nés de la dernière pluie, et on sait bien que le reste de son album sera une suite de titres urbains et dansants très FM friendly. Même en cherchant à innover, un disque de Rihanna ne peut pas se faire bouder par les radios américaines. Du coup, ce petit effet de manche aurait tendance à me laisser un peu sceptique. Si aujourd'hui n'importe quel artiste pop est obligé d'avoir recours à ce genre de gimmicks surjoués pour intéresser des internautes blasés de tout et à l'attention span de plus en plus limité (Lady Gaga se lance dans le jazz, Taylor Swift abandonne la country, Beyoncé "beyonce" ses albums), ça ne laisse rien présager de bon.

 

Car le vrai défaut de cette pourtant sympathique chansonnette, c'est son côté baudruche, gadget promotionnel. Avec ses mélodies impeccables et sa douce désinvolture, "FourFiveSeconds" n'arrive pas à nous faire oublier la présence de l'insupportable Kanye West, l'homme concept à la mégalo rampante, qui ruine le morceau avec sa voix de douchebag content de lui, qu'on imagine s'écouter le titre en boucle un sourire jusqu'aux oreilles, en se disant "mais quel génie je suis d'avoir joué un tel tour à la fanbase de Rihanna".

 

Au final, "FourFiveSeconds", malgré ses qualités indéniables, sonne comme un caprice de star gonflé à l'égo. Il roule des mécaniques dans son SUV à toutes blindes sur les routes californiennes, alors qu'il ressemble finalement à n'importe quel titre de fin d'album de Lady Antebellum. Il n'est ni un classique, ni une claque de songwriting. Simplement une bonne chanson qui se la raconte peut être un peu trop.