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Sia vient de dévoiler le dernier clip de l'ère 1000 Forms Of Fear, "Big Girls Cry". On y retrouve, pour une ultime fois, Maddie Ziegler et ses mimiques effrayantes, dans son rôle d'alter ego de la chanteuse. Après "Chandelier" et "Elastic Heart", c'est donc la troisième vidéo chorégraphiée par Ryan Heffington, et mettant en scène la très jeune ex-star du télé-crochet Dance Moms, devenue depuis le visage et le corps de cet insensé projet artistique initié par l'auteur-compositeur australienne.

 

La promo de 1000 Forms Of Fear aura fait grincer les dents de pas mal d'internautes, avec cette audace et cette bizarrerie qui n'auront pas plu à tout le monde. Les clips, les prestations scéniques, l'absence de la chanteuse, tous ces éléments ont fait de ce disque un objet totalement inédit et de Sia une pionnière dans l'industrie musicale. Celle-ci a contourné tous les obstacles qui auraient pu empêcher sa personnalité socially awkward à la timidité maladive d'envahir les ondes avec ses power ballads déchirantes, en devenant la première popstar invisible, soluble dans l'air du temps. En refusant d'apparaître à visage découvert sur les plateaux télé ou dans les journaux, Sia s'est offert le luxe ultime : échapper à l'épuisant barnum pop auquel doivent habituellement se soumettre toutes les divas, même les plus influentes et les plus bankable. Après avoir composé pour les plus grands noms de la musique mainstream, de Beyoncé à Rihanna, de Céline Dion à Britney Spears, en 2014 Sia s'est finalement retrouvée à leurs côtés dans les charts, sans jamais avoir à sacrifier le confort de son canapé et de son anonymat. En 2015, Sia aura été célèbre sans avoir à tourner à travers le monde, sans connaître l'humiliation de participer à la conférence de Tidal, sans subir les paparazzades de TMZ, sans être obligée de préparer des cookies avec Taylor Swift sur Instagram.

 

En préférant l'ombre à la lumière, Sia est entrée dans la pop culture avec des performances visuelles auparavant réservées à une poignée d'amateurs d'art et de danse contemporaine un peu chelou. L'air de rien, "Chandelier" aura eu un impact phénoménal sur le grand public, laissant une empreinte durable dans l'inconscient collectif. Les commentaires YouTube du genre "If this is art, then I don't get art" et la méfiance que ses vidéos inspirent à certains sont sans doute les plus belles récompenses que l'on puisse faire à une artiste aujourd'hui, dans un monde où la pop est aseptisée, vidée de toute substance et de toute subversion, à force d'être scrutée par les blogueurs et les trolls toujours prompts à chercher la petite bête. En étant absente de l'espace public et des débats autour de son oeuvre, Sia a pourtant eu l'opportunité d'offrir au monde une matière incroyablement autobiographique et subjective, sans jamais avoir à subir les conséquences désastreuses du déballage émotionnel, dont beaucoup de stars contemporaines, lancées dans la fosse aux lions des réseaux sociaux, ne sortent pas indemnes.

 

Sia clôture donc aujourd'hui un long et beau chapitre de son parcours chaotique dans le business de la musique. Le temps passé loin des salles de concert et des plateaux télé lui aura permis de finaliser son prochain album, dont on sait déjà qu'il s'intitulera This Is Acting.